Se laisser raconter par l’art contemporain

written by Louba-Christina Michel

source : Blog "Le fil rouge"

https://chezlefilrouge.co/2016/04/08/se-laisser-raconter-par-lart-contemporain/

 

À l’Arsenal art contemporain
Dans un autre temps, j’ai pu cocher un lieu à saluer sur ma liste des endroits que je n’avais pas encore visités, l’Arsenal! Et je ne suis franchement pas déçue de ce que j’y ai découvert. Pour moi, l’art contemporain c’est beaucoup de surprises, de questionnements, c’est une sorte de jeu, des réflexions, beaucoup d’hypothèses aussi. L’Arsenal art contemporain présentait comme exposition principale le travail de l’artiste montréalaise Dominique Skoltz.

y2o_dualités est le parcours de deux individus en eaux troubles, submergés par leurs pulsions physiques et émotionnelles. Ici, les corps construisent un langage où fluidité et collision ont leurs propres résonances. Au-delà du lexique visuel singulier de Dominique Skoltz, cette installation exprime une intériorité à fleur de peau où chaque image, geste et objet évoquent une symbolique qui constitue autant de facettes d’un prisme complexe. Au cœur de y2o_dualités se trouve un désir de communiquer avec l’autre, de résonner en lui, d’émettre et de recevoir pour entrer en l’autre comme pour mieux plonger en soi. Spleen et volupté, asphyxie et exaltation, dévoration et rejet; il est ici question de sentir l’intérieur par l’extérieur et l’inverse. Se laisser émouvoir des deux côtés de la peau.

Il n’y a pas très longtemps, dans un documentaire présenté sur Artv, j’ai découvert le travail de Skoltz, mais je ne m’attendais pas à être confrontée, émotionnellement confrontée, à ses œuvres tout à fait sublimes et si puissantes. Je vous parlerai ici davantage de ses œuvres vidéographiques, mais je vous invite fortement à visiter et à vivre l’exposition. Dans la salle où est présentée la majeure partie de ses œuvres (installations vidéo, photographies et sculptures), nous découvrons d’abord un écran sur lequel est présenté le making of (vous pouvez le voir sur le site de l’Arsenal) de ce qui nous sera présenté ensuite sur un autre mur, un peu plus loin. L’œuvre maîtresse, selon moi, ce sont les neuf écrans accrochés l’un à la suite de l’autre sur le mur du fond et présentant neuf séquences vidéos (dans une salle isolée, nous retrouvons les neuf séquences dans un même vidéo projetées sur écran géant). Nous retrouvons le même couple, une femme aux cheveux rouge et un homme avec un pied de bois. Nous suivons, en quelque sorte, leur histoire d’amour à travers toutes les dualités qui ressurgissent dans un couple. Les deux personnes sont immergées dans l’eau et tentent de communiquer par tous les moyens. Tout ce qui sort de leur bouche, ce sont des bulles d’air, et leurs gestes et leur mobilité sont entravés par l’eau qui les empêche de se tenir serrer. Ils s’accrochent l’un à l’autre par les bras, les jambes, les cheveux ou par des morceaux de tissus qui leur servent de vêtements. La musique qui accompagne chaque vidéo et le titre de chaque séquence nous guident un peu sur l’état d’âme des protagonistes, mais encore une fois, ici, c’est à nous de trouver les mots, de trouver les sens, d’aller chercher tout au creux de nous l’émotion, le symbole pour faire parler les œuvres.

J’ai une fois de plus été troublée par ces œuvres vidéographiques d’une grande beauté, qui expriment à la fois la détresse dans la difficulté à communiquer de l’humain, mais aussi sa grande force dans ce besoin incontestable d’approcher l’autre et de le laisser pénétrer sa bulle, même si ça fait mal, même si on tombe, même si on se perd toujours un peu là-dedans, dans les relations humaines.

Au Musée d’art contemporain, j’ai aussi désiré revoir l’œuvre Broken Memory de Geneviève Cadieux (c’est la même artiste que les lèvres qui trônent sur le toit du musée) et les photographies de Cindy Sherman, d’Andres Serrano et de Marina Abramovic. À l’Arsenal j’ai eu la chance de contempler une œuvre d’Anselm Kiefer et de David Altmejd.

J’espère que vous aurez la chance de visiter ces deux lieux d’expositions dans les prochains mois et que vous prendrez le temps nécessaire de vous laisser ébranler complètement. Et surtout, de vous laisser raconter le monde et de le laisser parler de vous aussi.

Dominique Skoltz à l’Arsenal art contemporain du 6 novembre 2015 au 8 mai 2016. (Citations empruntées sur le site de l’Arsenal.)
http://www.arsenalmontreal.com
http://www.dominiquetskoltz.com